Une brève histoire de copine

Commençons par un peu de plagiat:

« Etre en couple, c’est résoudre à deux des problèmes que tu n’aurais jamais eu seul ».

C’est implacable, mais voyons plus concrètement ce que cela signifie. Déjà, mon appart’ est moins dégueulasse puisque je suis contraint d’en prendre soin lorsque l’élue se présente. Laver, faire la vaisselle, vérifier qu’il reste du PQ aux chiottes et qu’on n’y trouve pas de trace du chili de la veille. Toutes ces choses dont je me fou d’habitude sont maintenant faites… A peu prêt.

Le corollaire de tout cela est une démonstration de la théorie de la relativité. Non seulement le temps n’est pas constant, mais il peut disparaître comme la virginité un soir de sur-boom…

- Pappas, Angelo Pappas.
- De merde… footballeur de merde.

Pardon, je digresse. Einstein avait raison et je viens d’en avoir la preuve. Dans « e=mc² », « m » représente la copine. Une copine est assimilable à un trou noir: un espèce d’aspirateur géant de masse infinie ou le temps et l’espace n’existe plus… En sa présence, on a plus une minute à soit. Flippant n’est ce pas?

Le fait est que la théorie nous dit également que le passage dans un trou noir nous amènerait sur un autre plan de la réalité, une dimension inconnue ou un pack de bière n’est plus la seule motivation pour finir la journée. Un endroit ou une belle demoiselle colle ses pieds froids contre vous sous la couette sans que votre première réaction soit de gueuler. Un lieux ou vous faites des efforts pour quelqu’un d’autre que vous-même. Une réalité qui vous montre que les nanas ne sont pas là uniquement pour nous casser les couilles. A moins que ce ne soit qu’une ruse pour mieux nous les raper après…

Vicieux. J’ai même envie de dire nocif. Par exemple, ma copine me fait ronfler. Incroyable, mais pourtant c’est vrai. Je n’ai jamais ronflé de ma vie; elle débarque: je ronfle. Ce n’est pas tout. Lorsqu’elle est là, plus un pet ne sort, je suis au bord de la constipation… Jusqu’à ce qu’elle parte, là c’est la décompression. C’est un véritable problème de santé publique! Dire que certains font un foin pour la grippe du porc. Une copine est bien pire. Lorsqu’un homme en attrape une, il ne peut justement plus faire le porc. Lorsqu’elle est là, j’évite l’alcool en grande quantité ainsi que la musique trop extrême. Tout ça pour… Oui pourquoi au fait? Pour compléter ma couche de valence? Non, j’en tiens déjà une bonne… A moins que… Hooooooo…

C’est un sacré boulot uniquement pour faire des dégueulasseries. Si ce n’est que dans ce cas, on peut se regarder dans un miroir après. On réalise alors qu’on est pas plus avancé et que tout ça est absurde. Finalement, une soirée à siffler un pack de bières est très satisfaisante et n’amène qu’une prévisible gueule de bois. C’est la même chose pour une femme, sauf que la femme est imprévisible. C’est ça la relativité et ça me fatigue.

Open space entering through my back door

Encore ce foutu grincement de porte à l’autre bout de la salle. Chaque ouverture me rapproche un peu plus du moment ou je vais retourner mon bureau dans l’open space qui me sert de lieu de travail.

Le brouhaha constant de conversations téléphoniques, l’imprimante qui crache des tableaux excel ou la sonnerie de portable débile d’un gars du support qui a oublié de passer en vibreur. Impossible de se concentrer sur ce mail super important à envoyer pour décider de qui viendra à la prochaine réunion. Vous savez la réunion ou on mettra tous les éléments ensembles pour faire une checklist des points à gérer pour la prochaine gate du projet. C’est quoi le projet en plus? Rationalisation des applications de trucs… Consolidation des infrastructures je sais pas quoi… Ca va vraiment se voir que je ne pane rien et surtout que je m’en tape.

Ce n’est pas possible que je sois le seul. Combien d’autre dans ce foutu openspace font comme moi. Combien se vissent devant l’écran à se donner l’air occuper? Je ne peux pas être le seul. J’ai aperçu des sites web qui ne ressemblaient pas à l’intranet corporate sur certains écrans. Ils ont vite disparu à la faveur d’un bon vieux alt-tab, mais ils étaient là. Il y en a bien qui ont autant envie que moi de dire à certains que leurs process que personne n’applique, ça nous en secoue une sans bouger l’autre.

Reste donc une question à poser: comment bouger le cocotier? Il est hors de question que je m’éternise ici et je ne peux pas compter sur l’intérèt que l’on me portera puisque je ne suis qu’une fourmi dans la fourmilière. Et si parlais très fort au téléphone pour emmerder tout le monde? Non, trop visible et personne ne ferait gaffe. Je pourrais commencer un régime de fayot pour leur faire sentir que je suis mécontent. Non, la source est difficilement identifiable. Je saboterais bien les chiottes, mais il y a déja un soupeur qui bourre les urinoirs de PQ. Le pire est que tout le monde crois que c’est un emmerdeur. Je suis le seul à me dire que c’est un pervers…

Et si je devenais souriant? Non, c’est débile, on me prendrait au mieux pour un cinglé, au pire pour un lèche cul. Je ferais bien du mauvais boulot, mais dans la mesure ou l’on me demande de brasser de l’air, ca ne changera rien. Je passe d’interminables réunions à ne rien comprendre, je ne dis rien et regarde dans le vide. Tout le monde s’en cogne. Je suis bel et bien prisonnier ici.

L’autre jour, une nana un peu plus loin s’est levée de son siège, visiblement mal à l’aise. Elle s’est dirigée vers la fontaine. Elle est en fin de trentaine, rousse aux cheveuxcourts. Elle est un peu ronde, mais ses lunettes sont toujours soutenues par un sourire. Lorsqu’elle a enfin eu son verre d’eau, elle s’est pliée en deux. Elle avait du mal à respirer et sanglotait. Je l’ai entendu chuchoter difficilement « je vais mourir ». J’ai été le premier à me rendre vers elle, calmement, ses collègues ont regardé interloqué un moment avant de bouger. J’ai ramené sa chaise. Elle faisait une crise de panique, j’en étais presque sur car elle n’avait pas de douleur dans le bras… Comme je la comprends. Le travail c’est la santé. Je ne sais pas ce que nous faisons ici, mais ce n’est pas du boulot. Après deux semaines à me laisser mariner, un « collègue » a enfin décidé l’autre fois de m’expliquer ce que je suis supposé faire: « Moi par exemple, je passe ma journée au téléphone et j’organise des réunions ». Je n’ai pas vu de cicatrice, mais il doit bel et bien être trépané. Oui il y a de quoi paniquer.

Bon, j’y retourne, un nain me saoule pour que je remplisse mon compte rendu d’activité. La révolution attendra…

A chacun sa place 3

Une journée de vacance de plus. Je prends le temps. Il fait bon, bien que le ciel soit couvert. Friture continue d’être Friture, c’est pénible mais je fais avec. Nous allons à la plage en nous ignorant plus ou moins. La marée est montante et l’océan agité. Les vagues tutoient les deux mètres et la baignade n’est plus surveillée, un effet secondaire de la rentrée des classes. Même les surfeurs restent sur la plage, seul un trio fait du skimboard, les conditions s’y pretant bien. Les baigneurs, peut nombreux se contentent de jouer devant les vagues suffisamment puissantes pour se retrouver faucher, les quatre fers en l’air sur le sable. Aucun n’est assé fou pour se jeter dans un rouleau. J’y vais moi-même pendant vingt minutes, jusqu’à ce que le sable épais charrié violement par l’écume ne soit trop douloureux sur mes tibias.

Je bouquine un moment puis observe les surfeurs se prendre des gadins en skimboard. Ca à l’air vraiment fun. L’un d’eux se débrouille particulièrement bien et à en plus un certain style lors de l’inévitable pelle de fin de course dans les vagues. Il semble d’ailleur très à l’aise lorsque qu’il se retrouve derrière les rouleaux l’espace d’une minute: un vrai poisson. Je regarde plus ou moins les baigneurs se faire malmener. Certains ne se rendent vraiment pas compte qu’ils s’approche du point ou ils pourraient comprendre ce que c’est que se prendre plusieurs tonnes d’eau sur la cabasse sans rien pouvoir faire. Au bout d’un certain temps, alors que la marée est presque au maximum et que le sable sec est devenu quasi inexistant sur la plage, une vague de taille moyenne s’abat et s’étant suffisant loin pour faire tomber quelques baigneurs. Lorsque l’eau se retire, une tête glisse sur le sable comme sur un toboggan. En un instant, elle se retrouver sur le break. Je me dis « Quelqu’un va passer un sale quart d’heure ».

Contrairement à ce que je pensais, elle n’a pas pris de vague sur la gueule, elle s’est retrouvé aspiré vers le large. Il ne s’est passé que quelques secondes. Une main jaillissant de l’eau n’aurait pas fait de meilleur travail. Je saute de ma serviette et cours vers les baigneurs en criant. Presque personne ne l’a vu partir. Lorsque j’arrive sur le bord elle est deja à une quinzaines de mètres et ne peut visiblement plus revenir. Un type en fin de cinquantaine s’approche à côté de moi et me dis « Putain c’est ma femme! ». La panique dans ses yeux ne pouvait pas être plus véritable. J’acquiesce rapidement et me retourne car il est hors de question que j’y aille, je nage comme une brique. Je vois le surfeur de tout à l’heure au fond de la plage qui se sèche, comme beaucoup d’autres, il n’a rien vu encore de ce qui se passe. Je cours vers lui.

- Une vielle vient de se faire embarquer par une vague, tu crois que tu peux y aller avec ta planche?

Il jette un coup d’oeil, tombe la serviette, attrape sa planche et fonce sans presque me regarder. L’ensemble des badauds à maintenant compris, beaucoup s’agitent; comme si cela allait la faire revenir plus vite. Le poisson avance difficilement dans les murs qui lui arrive dessus, mais parvient tout de même à se rapprocher. Un pote à lui en combinaison le rejoint à la nage. J’explique au bonhomme que jusque là, sa femme a pu se maintenir à flot et qu’elle aura bientôt une planche et deux excellents nageurs pour l’aider. J’arrive presque à me convaincre moi-même. Bien qu’ils aient pu rejoindre la pauvre femme, le courant les a encore éloigné et ils ne peuvent clairement pas revenir. L’espace d’un moment je me dis qu’ils vont suivre la baïne et profiter d’un courant plus favorable pour revenir plus loin mais les vagues pyramidales de courants croisés font vite comprendre qu’ils sont bloqués là. Un vieux chauve à la barbe poivre et sel y va de ses commentaires stériles sur la situation. Sûrement un connard de prof à la retraite. Les deux surfeurs luttent pour rester à flot avec leur fardeau malgrés les murs d’eau qui leur tombe invariablement dessus. Cela doit bien faire 10 minutes maintenant. Je file à l’arrière pour vérifier que quelqu’un a appelé les secours car je ne sais vraiment pas quoi faire d’autre. Une jeune femme en larme me dis qu’elle a appelé. Lorsque je me retourne, je ne vois que deux têtes dans l’eau. La panique gagne mais les deux mercenaires parviennent à ramener la dame à la surface, par contre leur planche a été victime de l’opération et a disparu. L’hélicoptère arrive et les plagistes se transforme tous en sémaphores. Lorsque je rabaisse les yeux, la femme a de nouveau disparu, les surfeurs sont séparés. Le secouriste depuis l’hélicoptère fais des signes… il nous indique la position du corps qui s’est grandement rapproché de la plage. Après quelques instants, nous finissons par le distinguer dans l’écume et une vague l’aplati sur la plage. Nous sommes cinq pour l’attraper et la ramener.

Je la vois remuer les yeux, mais c’est son seul signe de vie apparent. Nous transportons un poids mort. Elle a passé plusieurs minutes sous l’eau et est clairement cyanosée. Une fois sur le sable, je m’écarte. Certains semblent connaître les premiers gestes de secours. Les autres ne servent à rien et feraient mieux de foutre le camp eux aussi. Après un contrôle rapide, l’un annonce qu’elle respire faiblement. Le secouriste déposé par l’hélicoptère arrive et la fait déplacer encore plus loin car certaines vagues ne lâchent pas la proie et tentent encore d’arriver jusqu’à elle.

La jeune femme qui a appelé les secours se roule une clope alors que la populace entoure les secouristes maintenant attelés en zone sure . Elle croise mon regard et j’acquiese d’un air de dire « t’as bien raison ». Je me retourne sur la plage et me dirige vers les deux sauveteurs improvisés qui viennent de sortir de l’eau. Ils sont à l’écart, leur pote les à rejoint. Je trottine vers eux et leur demande si tout va bien pour eux. C’est à peine s’il tiennent compte de me présence et disent « ouai » vite fait avant de reprendre leur discussion. Ils cherchent leur planche et se disent qu’ils sont naze car le paquet s’accrochait à eux les empêchant de nager. Putain, ils en ont chié! Je les laisse sans même me sentir vexé par leur dédain. C’est quand même moi qui leur ai demandé de se foutre à la baille et de risquer leur peaux. Avec des couilles pareilles, c’est à ce demander comment ils ne coulent pas direct au fond…

Je retourne à ma serviette. Friture décide de foutre le camp pour préparer l’apéro car des potes à elle passe ce soir. Je ne part pas tellement après elle. Je passe vers l’attroupement. L’ambulance est arrivé, les secouristes ont enveloppé la victime pour la maintenir au chaud. Ce n’est pas la forme, mais elle est en vie. J’aperçois les surfeurs filer à l’anglaise. Ils ont récupéré leur planche ramenée par une vague. Personne ne fait attention à eux. Personne ne s’est soucié d’eux, même pas pour les remercier. Quant à moi je fini par tourner les talons pour prendre mon dernier bain de boue avec Friture avant qu’elle ne saute enfin dans le train demain. Rien ne pourra me faire chier…

Golf

En tant que grande feignasse, j’ai arrêté le sport il y a longtemps, sans le moindre scrupule d’ailleur. Après tout, même si j’ai pris 2 kilos récemment, il m’en manque toujours 8 pour être à un poid théoriquement convenable. Je me suis tout de même essayé au golf dimanche. En fait, j’avais essayé une fois à Biarritz avec inénarrable Mich il y a quelques années de ça, mais bon. Ce n’est pas tant le sport que la possibilité de trainer un peu avec Jo et Steebs qui m’a amené là. Je les avais vu la veille avec d’autre potes chez Houped. On avait terminé par une longue conversation sur la théorie des cordes, l’espace-temps et les trous noirs. On a fait une petite incartade par les pyramides, classique, avant de finir sur la grippe A. Oui, on avait torpillé tout l’alcool de ce bon vieux Houp’. La seule femme encore présente n’a d’ailleurs pu dire que « Ah mais vous avez ce genre de conversation entre mecs? Parce nous entre filles pas du tout… ».

Bref, dans ce flot réflexions fumeuses et d’opinions casses-gueules, nous avons réussi à nous décider à faire un golf. Nous voilà donc le lendemain sur le parcours. C’est loin d’être le plus classe. Le golf de Quétigny est au golf ce que le Ballantine’s est au Chivas Regal: une sortie de tout à l’égout. Vu qu’on est mauvais, ça va très bien. On dénote malgré tout un peu tous les trois: bermudas pourris, baskets et pas rasés. 50% punks, 50% paumés, 100% glands. Jo, qui a eu l’initiative car il s’y est mis depuis quelques mois, nous montre un peu. On attaque en tapant quelques sots avant de nous expliquer qu’il faut en fait taper les balles qui sont dedans… Nous sommes de vraies brèles. Je me souviens tout de même des conseils de ce vieux Mich et arrive rapidement à en taper quelques balles à 70-80 mètres avec un fer 7. Ne pas forcer du tout, simplement guider le club pour qu’il arrive sur la balle. C’est biensur entrecoupé de gros pains, mais ça rythme les conversations.

- C’est sympa une fois que t’as trouvé le truc. TONK! Chiotte…
- Ouai, j’aime bien, en plus il fait bon. KRRRRRR! Merde…
- En tout cas, ça fait du bien après la soirée d’hier. SPONG! Bordel…
- Dis-donc, t’as fille a grandi c’est dingue, elle est vraiment mignonne. SCHLAK! Oh la chiasse…
- Ouai en plus elle fait ses nuits et elle sourit tout le temps. Woushhh…
- Oh putain joli!

Après un temps, nous développons la technique du pet interrupteur de swing. Je ne vous ferais pas de dessin, la blague est vieille comme le monde… Mais on aime bien.

Nous passons ensuite sur un green pour putter. Je me débrouille franchement pas mal. Je retrouve les sensations que j’ai quand je joue à la pétanque… Le pastis en moins. Steebs a tenté le coup du « putt comme au billard ». Complètement inutile, mais toujours amusant. On s’applique un peu plus quand deux gonzesses se posent un peu plus loin. On termine par une paire de trous pour s’entrainer. Les mottes de terres ont volées et les balles ont surtout connues les herbes grasses, mais on a vite compris que le cul sorti et la tête haute permet de garder une certaine prestance sur un parcours, quelque soit le nombre de briques que l’on tape. De toute façon, on est entre potes et c’est le principal.

Leçon d’égocentrisme

L’autre jour, j’ai regardé un film mielleux, genre comédie romantique. A un moment, le mec prends son courage à deux mains et dit à la fille quelque chose comme:

- Je t’aime…
- Ha… moi non. Mais ça fait longtemps qu’on se connait, tu es un super pote et tu comptes beaucoup pour moi… Qu’est ce que je disais déjà? Ah oui, ce mec y me fait kiffer mais bon en même temps je sais pas…
- Heu, je peux comprendre que tu ne m’aimes pas, mais tu pourrais au moins me parler d’autre chose que de tes problèmes de mecs, parce que ça ne m’enchante pas des masses.
- Mais de quoi d’autre tu veux qu’on parle tous les deux?

Ceci n’est pas un film, c’est ma vie. Ce n’est absolument pas romantique et c’est encore moins amusant. Deux questions se posent. Est-ce réellement possible de ne penser qu’à sa gueule à ce point? Et pourquoi diable m’attire t’elle autant?

Et après on se demande pourquoi je trouve Massacre à la tronçonneuse étrangement apaisant…