Archive for juillet, 2007

La coloc’

Ca fait presque un an qu’il partage mon appart’ pendant la semaine. Le week-end, il me trompe avec sa copine. Mais cette fois c’est fini. Pour son plus grand soulagement, son connard de patron l’a enfin viré proprement, il va retourner vivre à plein temps chez sa copine. Et je me dis: “c’est parfait j’en pouvais plus!”

Maniaque? Moi? Jamais! Mais alors je crois que j’allais finir par lui ouvrir le bide. Attention, j’aurais fait ça avec le respect et l’attention que mérite le pote d’enfance qu’il est. Je lui aurais dit au moins pourquoi j’avais des envies de meurtres dès qu’il revenait de week-end.

Soyons clair, je suis un bordélique, mais j’ai une certaine logique. Une logique de grosse feignasse. Lorsque je fais le ménage, je n’ai aucune idée de quand sera la prochaine session. Comme je suis paresseux, plus cette date est lointaine mieux je me porte. Je dois cependant tenir compte du fait que je n’apprécie pas non plus de vivre dans la dégueulasserie au delà d’un certain seuil. A partir de là, un équilibre ce met en place tout doucement. Réussir à maintenir les points clés de l’appart’ suffisamment propres, suffisamment longtemps pour ne pas à avoir à faire le ménage trop fréquemment.

On comprendra donc aisément que ma philosophie est radicalement opposée à la suivante: de toute façon tout ce salope, on sera obligé de nettoyer, pourquoi faire gaffe?

Evidement pas de bol, mon illustre colocataire était client de la seconde école. Facile, il ne le faisait pas le ménage. Pas ici en tout cas. Il me laissait toujours des surprises comme un coton-tige à bout jaunis sur le bord du lavabo de la salle de bain. Il mettait toujours sur le tapis le tabac en trop quand il en roulait un gros. Il laissait ses mouchoirs sous le canapé pour que je les trouve en passant l’aspirateur. Lorsqu’il cuisinait, il faisait systématiquement attention à mettre trop de flotte pour les pâtes comme ça il était sur d’en renverser… par-terre de préférence. Il mangeait tout le temps des stoptous et laissait les papiers sur le second plateau de la table basse pour pas qu’on les voit tout de suite lorsqu’on nettoie. De temps en temps, il en avait marre des stoptou, alors il reposait celui qu’il avait dans la bouche sur le papier qu’il avait planqué dans la table basse deux minutes avant. De cette manière, ça collait quand je faisait le ménage. Quand il allait pisser, il ne pouvait pas viser la faïence, rendant son passage au toilette similaire à l’aventure du poséïdon… Aussi bruyant en tout cas. Je passerai sur les cendres tombées à 10 cm du cendrier. Ne noircissons pas le tableau, de temps en temps il vidait rapidement le cendrier dans la poubelle. Mais vraiment vite fait. C’est à dire que la moitier des cendres se retrouvait sur la anse du sac plastique. Donc à l’instant ou tu voulais prendre le sac pour le virer, tu mettais de la cendre partout par-terre. C’est un peu comme les pièges en guerilla urbaine. Il était très fort; imaginatif en plus. Je reconnais que ce n’était pas facile tous les jours pour lui non plus. Il a le poil dru; c’est rasage quotidien. Le lavabo était donc constamment maculé de poils de barbe. Incroyable ce qu’il pouvait perdre comme poils. Un peu comme labrador, en moins fidèle.

Mais tout cela est maintenant fini. Il fera chier sa copine à plein temps. Encore qu’avec elle, il file doux. Je vais retrouver mon rythme et un salopage raisonnable. Evidement, il va falloir que je fasse la cuisine moi même maintenant (kebab). Je n’aurai personne pour dire et entendre des conneries avec moi le soir. On avait développé language qui en a laissé quelques uns perplexes. En fait, nous avions un jeux réduit d’expressions pouvant avoir chacune nombre de significations. Exemple: “Ca se met en place”, et ses variantes, qui signifie suivant le contexte: “on se sert à boire”, “on se fait à bouffer”, “on se pose pour rouiller dans le canapé” ou encore “y a plein de meufs”. Non franchement, vous avez déjà vu quelqu’un mimer un pet qui arrive pas à sortir? Ben nous on le faisait… Pour se dire qu’on avait un pet qui allait sortir. Et puis on avait des petites attentions. Un soir en rentrant j’ai trouvé un message sur la table basse. Ce n’était pas un mot, mais deux princes côte à côte avec la télécommande posé perpendiculairement et un verre avec un fond lait au bout. Vous pensez certainement qu’il m’avait laissé mon quatre heure. Hé bien non, car avec nous, la forme compte plus que le fond. Ca ressemblait à ça:

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————— (x)
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Il va me manquer ce con. Mais la vie continue et je le vois le week-end prochain pour une petite murge syndicale. Par contre il va falloir que je me trouve une nouvelle tête de turc à engueuler pour les cendres par terre.

Generation X

Mauvais polar? J’aurais préféré… Les journalistes ne savant pas grand chose. Je les envis. Cette gamine, car oui 20 ans c’est jeune, était une amie de potes à moi. Non, je ne la connaissais pas. Mais entendre un jeune branleur pleurer de rage au téléphone en annonçant son meurtre a un effet au delà de dérangeant.

Elle était étudiante en psycho et avait apparement galéré plus qu’elle n’aurait due. Elle a été mise dehors par ses parents alors qu’elle n’était pas majeur ce qu’il l’a conduite à zoner et rentrer dans le monde merveilleux des teuffeurs. On peut suposer aisément qu’elle a du gober à cette période. Je ne vois pas comment on peut supporter de danser sur une musique merdique la nuit dans les bois avec de la boue jusqu’aux genoux sans se charger. Mais comme les teuffeurs sont des gens ouverts, elle a rencontré quelqu’un. Un prince charmant de 10 ans son ainé et qui, de source assée sure, était héroïnomane. Evidement, ce procurer de la blanche, ce n’est pas comme acheter sa boulette de teuschi, vous avez en général à faire à de la vraie crapule. Vous entendez chanter les anges?

Malgrés tout cela, cette gamine a fini par se reprendre et obtenir son BAC. Elle allait à la FAC et de l’aveux même se ses amis, elle aimait ça. Elle reprenait sa vie en main. Mais il y avait encore des choses à régler. Elle souhaitait, selon ses dires, plaquer notre teuffeur trentenaire. Elle avait rencontré un autre mec qui même si je ne le connaissait pas, ne pouvait être que mieux. La semaine dernière, elle a disparue. Le dernier signe de vie est un retrait de 300 euros à un distributeur d’Arc-sur-Tille. C’est un patelin aux alentours de Dijon qui selon certain sert aussi de repaire au dealer d’héro de super teuffeur. Quelques jours plus tard, son cadavre flotte dans le canal.

Les suppositions vont bon train. Le prince charmant sauce rebel de la société est évidement le suspect numero un. Les 300 euros, le corps non lesté… Mais tout est possible, même que ce vieux junkie soit lui aussi déssoudé. Peut être un deal a t’il mal tourné. Ou alors, il l’a tué à la va vite pour pouvoir se faire un fix. Tout est possible. Je ne sais même pas quoi conclure de ce bordel. Tout fou le camp? Y a plus de jeunesse? Qui ou quoi blâmer? Le déclin irréversible amorsé en mai 68? Les parents incapables de penser plus à leurs gosses qu’a eux même? L’irresponsabilité générale? 30 ans de politiques de désintégration sociale? La star ac’? La ridicule impunité des vrais gangsters comparé à la répression tonitruante contre la prostitution et les automobilistes?

La seule chose dont je sois presque certain est que justice ne sera pas faite…

Passer de DTC à CMB

Tout le monde est maintenant (malheureusement?) familié avec le fameux « Dans ton cul! ». DTC pour les feignasses de la génération sms. Cette petite expression place-partout est maintenant largement répendue dans un éventail assé riche de classes socio-professionnelles (source: moi). Ce qui avant était une interjection du plouc de base est maintenant utilisée par presque tout le monde. Des sites y sont dédiés, une association existe et même les filles s’y sont mises (source: toujours moi).

Personnellement… ça me les broie. Evidement, je l’ai dit comme tout le monde, mais morte-couille, comment évoluer en partant de ça. Biensur on peu tenter des réponses du style « Ha oui, au fond à droite, en face des chiottes ». Mais force est de constater que c’est naze et qu’on est à deux doigts de l’humour grosses têtes.

Heureusement, je travail avec des crétins qui ont une nouvelle variante. Je vous présente « comme ma bite! ». Alors « Comme ma bite! » voici les abrutis de lecteurs. Abrutis de lecteurs, « Comme ma bite! ». A première vu, le « comme ma bite! » a vraiment l’air aussi naze que « dans ton cul! »… Et c’est le cas. Cependant, il présente quelques avantages intéressants. Tout d’abord, il est moins usité que « dans ton cul! », il est donc un poil (hum) plus original. Ensuite, « comme ma bite » est très facilement casable car on a pas besoin d’attendre la question fatale: « Ou? ». Démonstration:

- Elle est super sympa cette fille.
- Comme ma bite!

- Il est trop fort ce mec.
- Ouai, comme ma bite!

- Je te paris que tu finis pas en moins d’un quart d’heure.
- Comme ma bite!

- Qu’il est mignon ce bébé, on a envie de le couvrir de bisou
- Comme ma bite!

- T’as vu! C’est une salle de gym réservée aux femmes.
- Bah Comme ma bite!

Bref vous avez compris le truc, les possibilités sont nombreuses et vous allez pouvoir en saouler plus d’un.

Mais la cerise sur le gateau dans tout ça, c’est que les femmes ne peuvent pas le dire. Et rien que pour ça on devrait le rendre obligatoire. Ne jamais manquer une occasion de jeter de l’huile sur le feu de l’égalité des sexes… Oui ça veut dire que j’emmerde les féministes.

Attention quand même à ce que ça ne vous pète pas au nez…

- Ouah! Il pue le from’ !!!
- Comme ma bite!

Gang de clodos

Hier soir avec mon coloc’ et son beauf’, on a décidé de manger. Bah oui. Donc on a filé à guillotière se faire un McDo’, ce qui nous a permis de prendre des bières pour le retour. Bref, une fois nos trois burgers respectifs engloutis, je file juste à côté prendre des clopes. Il est 20h30, c’est la queue devant le tabac et le service se fait par l’hygiaphone, le buraliste est barricadé dans son kazmat. Il faut chaud, il y a une vague odeur de pourriture dans l’air et collé contre le mur sous la caisse: un jeune clodo qui fait la manche. Je ne saurais pas dire d’ou il venait, ce qui est sur c’est que dire qu’il est sale comme un peigne serait encore flatteur. Il était quand assis dans des coulés de pisse. Forcément, quand on est adossé à un mûr ou tous les clodos du coin se soulagent ça aide pas. Il emmerde chaque personne qui prend son paquet de clope suivant la vieille méthode du chuignement passif-agressif “Haha je vois bien que t’as des sous tu peux peux pas me dire non“. Perso, je m’en branle, ça m’empèche pas de dormir.

Par contre il semble que ça en gênait d’autres. Un type dont le style savamment dégueulasse oscillait entre le keupon et baba-cool. Ca l’empèche pas d’empester lui aussi. Je me rend compte à ce moment que je suis le seul à avancer dans la queue. Il y a avait quelques filles derrières moi qui restaient collées dos à la station de tramway, pas rassurées. Certaines étaient plutôt pas mal, mais c’est hors sujet. Notre punk commence à emmerder le jeune clodo. Il lui ecrase le pieds et lui pose des questions moralisatrices. “T’as pas mieux à faire que d’emmerder les gens?“, “Tu vois pas que tu fais chier tout le monde?“, “T’as pas de face ou quoi?“ ou “Bouge toi le cul si tu veux du pognon?“ Je n’ai pas tout mémorisé, mais ça ressemblait à peu prêt à ça. A ce moment j’étais juste derrière lui. Personne ne disait rien. Et là, la démonstration par A+B que les donneurs de leçons sont toujours des gros cons.

Au moment ou notre orateur assénait un “Tu peux dire merci à Sarkozy“ (NDB: quel rapport?), la personne devant notre keupon sauce soixante-huitarde prend ses clopes et s’en va. Dans la seconde, la star abandonne le clodo et demande au client fuyant s’il “n’aurait pas une clope“.

Un cas classique de faites ce que je dis, pas ce que je fais. On s’en doutait de toute façon vu qu’il était au moins aussi crade que sa victime. A ce moment, un type, fin de trentaine, d’origine vraisemblablement maghrébine, avec une béquille s’en mêle: “Mais putain, tiens, prends une clope je t’en file une. Par contre tu fermes ta gueule et tu dégages parce que c’est toi qui fait chier tout le monde“. Les projecteurs changent de cibles. Le pirate de tabac s’écrase d’un coup, on entend à peine ce qu’il dit et s’éloigne doucement. Les spectateurs se détendent et laissent leurs monnaie à la loque étendue contre le mur. Quant à l’éclopé, il enchaine encore quelques minutes. Il conclu sa tirade par plusieurs “Je t’encule“.

C’est beaucoup moins classe. A ce moment, je viens d’acheter mes clopes. Le buraliste a l’air blasé, il ne fait même pas gaffe. Quant à notre petit clodo, en 30 secondes, il s’est fait une dizaine d’euros. Je l’enjambe et me tire. Si je devais me retrouver à faire la manche, j’organiserais les escarmouches moi-même. Ca marche toujours d’apitoyer le mouton par la peur.

Fabrice

Fabrice est un mec cool. Il présente bien. Les femmes disent sans hésitations que c’est un beau gosse juste en face de leurs jules. Il a les cheveux poivre et sel de la quarantaine qui approche. Sourire ravageur et toujours un brin fashion sans en faire trop. Il met en confiance. “Je peux pas vouvoyer quelqu’un plus de cinq minutes” me disait il lorsque je l’ai rencontré pour la première fois. C’était supposé être un entretien d’embauche, mais ça n’en avait vraiment pas la saveur. Toujours est il que quelques jour plus tard, j’étais embauché.

Il est humain parce qu’il m’a donné ma chance. J’étais au chômage depuis un peu trop longtemps à mon goût. Il m’a sorti de la merde. Il faut bien reconnaître que je lui suis redevable. En plus tout le monde dans sa boite est super sympa. Il y a une bonne ambiance. Même sa meuf travail pour lui. Catapulté directrice financière. C ne veux pas dire grand chose dans une boite de moins de 20 personnes et qu’on sait rien faire de ses 10 doigts. Elle a une petite dizaine d’années de moins que lui. Elle a un cul! Mais bon, elle est sympa avec moi. Je me méfie toujours des personnes qui veulent mon bien, surtout quand je ne les connais pas. C’est peut être juste parce que j’ai son âge.

Le boulot se passe bien. Je leur refait une informatique clean et je gère tous les problèmes qui son de moins en moins nombreux. Il me dit au bout de 2 mois qu’il est vraiment content de mon boulot, que je suis sympas et que tout le monde m’apprécie. A cette époque, j’avais déja un mois de retard sur mon salaire qui n’a d’ailleurs jamais été aussi bas depuis que j’ai terminé mes études. Inquiétant parce que le deal à mon embauche était que les augmentations devaient arriver au bout de 6 mois. Je ne pensais pas que le retard s’allongerait encore…

Hunter S Thompson disait de Nixon qu’il pouvait vous serrer la main et vous poignarder dans le dos en même temps. Fabrice peux faire pareil et t’enfiler en plus. C’est avant tout un mec égocentrique, faux et incompétent déguisé en play-boy humaniste. Je ne lui dois rien du tout. Il se persuade de son statut de bienfaiteur, c’est plus facile pour se regarder dans la glace. Mais ce n’est qu’un enculé de la pire espèce.

Quand il voit que je suis sur le point d’exploser, il m’engueule parce que ça fou une sale ambiance. Quand je lui explique qu’au chômage je bouffais des clopinettes mais qu’au moins je payais le loyer il me dis que le business est difficile mais que ça va s’arranger. Il revenait tout juste de ses vacances au Maroc. Il s’en fou, je suis bien con et mon boulot est fait correctement. Il trouve quand même le moyen de dire, notamment à mon coloc’ et pote d’enfance, qu’il est déçu par mon attitude.

Je ne suis de toute façon pas seul. Il embauche du monde alors que ses employés sont payés au lance pierre et en retard. Biensur, il leur promets un peu tout ce qu’ils veulent sans jamais y faire quoi que ce soit dès que ça rogne dans sa part du gâteau. Lorsque les démissions tombent, ses mots son simples et directs: “C’est dommage, t’aurais été augmenté le mois prochain”.

Il est amusant de voir que lorsque quelqu’un est réellement incompétent, son attitude est invariable: tape sur l’épaule et sourire paternaliste. Forcément, une lettre recommandée assassine envoyée à une simple secrétaire énumérant une suite de fautes et reproches divers évite de foutre une sale ambiance. Ca évite de dire les choses en face. Pas téméraire pour deux sous le fumier. Etrangement, le contenu du courrier correspondrait parfaitement à ce que sa pouffe de copine fait à longueur de journée.

Il n’a jamais rien pu me dire. En fait, il est mal à l’aise parce que ses conneries, ça ne prend pas avec moi. Son karma est encore plus daubé qu’une décharge municipale. J’ai toujours eu la conviction que l’on récolte toujours ce que l’on sème. Je trouve que ça tarde un peu en ce qui le concerne. Maintenant, je n’ai pratiquement plus à le croiser. Je me sens mieux au boulot même si je cherche quand même autre chose. J’ai cette étrange sensation , un peu comme lorsqu’on vient de se mettre deux doigts au fond de la gorge pour se faire vomir un soir de méchante cuite: ça dessaoule pas, mais ça soulage.