Dimanche dernier fut une journée des plus intéressante. Ne tournons pas autour du pot, il y a eu observations de tétons… avec les seins qui les portaient et les fesses pour accompagner le tout. Oui, j’ai fais le mannequin dans un défilé de mode.
Il y a environ 2 mois, Show-rooms, des créateurs Dijonnais, m’a appelé pour que je défile pour eux. J’ai dis non, puis me suis laissé convaincre par Laeti. Merci a elle donc. Les préparations furent brèves. Une séance de marche d’une demi-heure et une heure d’essayages 2 jours avant le show. Autant dire pas grand chose. C’est d’ailleur tout ce que je savais du défilé: pas grand chose. A part la date et le lieux, je ne savais pas qui, quoi, ni comment. Le fait est que mes deux employeurs m’ont dis qu’il y aurait de jolies filles, 13, que certaines étaient célibataires et que je pourrai, je cite, « faire mes courses ». Ils ne me connaissent pas encore très bien…
J’arrive à l’heure le jour J. Je suis le premier. Puis la troupe débarque. Ils sont un peu pris dans l’agitation, le premier défilé a lieux 2h30 plus tard. Tout le monde se connait. Les créateurs, les coiffeurs, les amis qui donnent un coup de main, l’énergique organisatrice et sa non moins énergique fille. Un autre gars semble perdu et pose des questions stupides. C’est un des deux autres mannequins masculins. J’en avais entendu parlé en temps que « têtes de bite » par mes patrons d’un jour. L’autre modèle est en effet un habitué, fashion victim menant une brillante carrière de barman en boite de nuit. Il a de vilaines dents. Le second, pas malin donc, est uniquement présent par l’insistance de sa mère auprès de Show-rooms qui pour des raisons que j’ignore ne pouvait pas vraiment refuser. Et moi donc, là à leur demande, convaincus du bien fondé de leur choix visant, selon eux, à contrebalancer les deux boulets.
J’aide à préparer la salle et fait vaguement connaissance. Tout le monde est très sympas, mais ce n’est pas mon milieux et l’homosexualité latente de certains me sort de mes habitudes. J’évite de dire les conneries qui me passe par la tête comme je le ferais normalement. Ce sera d’ailleur pire avec l’arrivée des filles vers 9h30. Je ne dis que le minimum, presque muet. Elles sortent de la coiffure et pourraient user de leur cheveux comme d’une arme blanche. Quant aux faux cils, je vous laisse imaginer, mais croyez-moi, c’est encore pire que ça. Les vannes fusent… Dans ma tête. Je ne sais dire qu’un mot: bonjour.
Certaines passent aux compléments maquillages et coiffures. J’y vais aussi. Ma seule préparation jusque là a été de me lever et me raser. J’ai donc droit à une plaque de gel et une maquilleuse me flanque un coup de fond de teint, une première pour moi. Il reste une vingtaine de minutes avant le coup d’envoi. Lorsque j’arrive pour me changer, les filles sont presque prêtes et fignolent les derniers détails. J’enfile ma première tenue en moins de 2 minutes et je ne sais toujours pas ce que je dois faire. Mes compères non plus. L’un s’en cogne complètement et l’autre répète inlassablement la même question à laquelle nous n’avons pas de réponse « On passe dans quel ordre? ». Il est gentil mais tout con. Je continue de fermer ma gueule.
Arrive le top départ du défilé et avec lui un semblant d’organisation. Une liste nuérotée avec les tenues que nous devont porter définit l’ordre de passage. Elle est affichée au mur. Je suis le troisième garçon à passer, c’est à dire que j’ai quelques minutes de marge avant d’entrer dans l’arène. Rapidement les premières filles terminent leur tour et là: le coup de bambou…
Je ne me considère pas du genre naïf, mais je dois bien reconnaître que je n’avais pas penser une seconde à ça. Nous avons une quinzaine de mètres carrés en guise de loge et file d’attente. Il n’y a pas la moindre cabine. Donc lorsque Alexandra revient de son premier tour et passe derrière les paravents menant à notre bocal, son pas s’accélère d’un coup. Ses talons sautent et sa petite robe d’été rouge et jaune lui tombe sur les chevilles la laissant en string. Je bloque puis fait mine de regarder la liste de passage. Je n’y vois qu’une magnifique paire de seins. Je reste impassible, souris nerveusement lorsque je croise un regard et essai surtout de ne pas avoir l’air d’un pervers. Je jette des coups d’oeils, c’est plus fort que moi. Dans l’agitation, personne ne fais vraiment attention. Alexandra a maintenant enfilé la tenue suivante, mais les autres filles répètent le même scénario avec plus ou moins de pudeur. Le coup de gràce s’appel Jessica. Elle est magnifique! C’est à mon tour de passer. Je reste d’un calme olympien… en apparence.
En haut des marches, mon employeur d’un jour me dis que je suis le plus beau. Nous ne sommes que trois mec et il est gay. Je ne le crois pas. Il me donne le go. Je traverse la scène et m’arrète en haut des marches comme un pantin. Je ne prends pas le temps de regarder la salle, je suis dans la brume, je regarde partout et nulle part. Je descends ensuite les marches et avance calmement en jettant un coup d’oeil à Charlarue, le groupe qui nous accompagne. C’est marrant, je ne me rappel pas les entendre. J’arrive au premier virage et marque une autre pause. Je me rappel des conseils express qui m’avaient été donnés deux semaines auparavant: « marche normalement, et change tes attitudes ». En repartant, je glisse ma main dans ma poche. Un peu plus tard, je retire ma veste et la lance sur mon épaule. Je loupe complètement mon coup, mais je continue comme si de rien n’était. J’ai fini mon tour autour de l’orchestre qui me donne l’impression de jouer sans qu’aucune note ne sorte. Je m’en fiche, au bout de l’allée, je sais que je vais me retrouver au milieux de 13 filles à demi-nues qui n’en auront rien à foutre de ma présence. C’est un peu comme une descente de cave ou on ne pourrait pas goûter le vin.
Je me change rapidement et réalise que j’ai de longues minutes à passer entre chacun de mes passages. Bonheur ou enfer, je vous laisse juger. Je suis planté dans un coin pour ne pas déranger les nymphettes. C’est un peu comme un porno qui peu te voir. J’essai de n’avoir l’air de rien, littéralement. Un jambon beurre serait plus expressif que moi à ce moment.
« In a closed society where everyone is guilty, the only crime is getting caught. » – Hunter S Thompson
Pour assurer la sécurité, 3 bikers façon hell’s angels locaux sont présents. L’un d’eux est posté à la sortie de service, offrant une vue direct sur le spectacle du backstage. Il s’en paye une tranche mais prisent dans l’agitation, les filles ne semble pas le remarquer. De mon côté je fais de mon mieux pour ne pas avoir l’air aussi coupable que lui. Cela dis, je ne porte pas de blouson graisseux et n’ai aucun tatouage. J’ai tout de même l’impression que si je me laisse aller, je me transformerais en une version masculine de Elmyra Duff.
Le défilé se termine enfin au bout d’une heure. Je me change rapidement et file à l’open bar prendre une coupe de champagne puis me rue dehors pour fumer une clope. J’en passe 3 de chaque en vingt minutes, il me faut au moins ça.
Lorsque les derniers visiteurs partent, un buffet se monte pour nous tous. On improvise une dinette ou l’on peut et je me retrouve par hasard (oui vraiment) à manger en tête à tête avec Jessica. C’est clairement la plus belle. J’essaie de discuter sans avoir l’air trop débile, j’évite tout ce qui ressemble de prêt ou de loin à une blague. Je risque de ne pas aller plus loin que briser la glace, mais ça m’assure de ne pas passer pour un gros con, voir pire, un mec qui l’a reluqué de haut en bas deux heures plus tôt. J’apprends donc qu’elle a 25 ans et qu’elle est métisse, son père étant Guadeloupéen. Elle bosse dans une société d’assurance et passe son temps sur la route. Elle n’aime pas vraiment son travail et voudrait s’orienter vers l’événementiel et songe à venir à Lyon pour ça. Elle a l’habitude de défiler, mais c’est la première fois qu’elle travaille pour Show-rooms, ce qui explique la distance avec les autres filles qui se connaissent toutes. Ha oui… elle a un copain. Je n’espérais rien, mais je ne peux m’empècher de penser que son jule est un connard qui ne réalise pas sa chance. Elle est superbe, il n’y a pas d’autre mot, et sympathique qui plus est. Je m’applique à avoir l’air chiant comme la pluie pour ne pas tomber dans mes habituels provocations. Je manque de lui dire des trucs du genre « Soit ma Jessica, je serais ton Roger Rabbit ». Même pour elle qui ne semble pas prise tête, ça ne passerait pas. Nous finissons le repas avec la couturière et une marocaine d’une quarantaine d’années venu donner un coup de mains. Je passe un super moment mais n’arrive pas à me lâcher. Surtout lorsque Jessica commence à balancer sur le motard qui « matait vraiment comme un porc ». J’essaie bien de dire que ce n’est qu’un homme et qu’il ne faut pas non plus trop lui en vouloir, mais à l’unanimité il se fait tailler en pièces. Je ferme ma gueule.
Le second défilé est à l’image du premier, mais en mieux. Je suis plus décontracté tant en backstage que dans l’arène. Il y a plus de monde, mais ça ne fait pas vraiment de différence, je suis plus à l’aise. A la fin de mon dernier tour, je m’arrète au pied des marches pour laisser passer Alexandra dans une magnifique robe de soirée. Je lui souris, elle me remarque à peine. Je manque de rire car j’ai envie de me tourner vers la salle et dire « J’ai vu ses nibards il y a 2 minutes ». Je n’en fais rien et continue ma course. Une étrange sensation d’habitude s’est installé. C’est toujours plaisant, mais la nouveauté est passée. Je m’amuse du commentaire de la fille de l’organisatrice qui range les habits lorsque l’on se change: « Franchement ça dégoûte ». Elle vient de voir la Jessica en string. Force est de constater qu’elles ne jouent pas dans la même catégorie.
Après le show, je retourne boire quelques coupes de champagnes avec certains membres de l’équipe, c’est à dire tout le monde sauf les filles, et m’en vais ensuite discrètement, convaincu que beaucoups seront incapables de me reconnaître. C’est mieux comme ça je crois. Sur la route, j’ai un sourire niais aux lèvres et réalise que j’ai passé une journée des plus intéressante. Mais après tout ce déballage de fringues et de belles filles, je n’ai finalement qu’une envie: rentrer peinard chez moi.










