Tout le monde connait Ikea. On y va tous au moins une fois car c’est le passage obligatoire après le départ du cocon familiale. On a pas un rond et il nous faut un canapé/lit/cuisinière intégré pour le prix d’une pint de bière. Alors on va chez Ikea. Mais je n’ai réellement découvert l’essence de ce lieu que samedi dernier.
Friture avait besoin d’un transporteur. Elle a sifflé, j’ai répondu présent. Je n’avais besoin de rien et j’y suis allé uniquement pour rendre service. Ca me gonfle énormément de rendre service en ce moment, mais elle m’avait promis une bouffe en guise de remerciement. C’est bien l’une des rares fille que je connaisse qui ne propose pas juste un sourire en échange d’un service, pensant que sa simple compagnie est une récompense en soit. Récemment être sympa m’a apporté, entre autre, de me faire poser un lapin et regarder la télé avec mes parents un samedi soir, de me faire presque étrangler par un abrutis imbibé jusqu’à l’os ou encore de me coûter cher en essence et péage pour un déplacement dont je me serais bien passé. « Ca le dérangera pas, il est sympa » semble être un raisonnement valable pour nombre de ses dames. Blatte en a marre d’être sympa. Blatte aime bien qu’on lui dise merci. Et blatte en a marre qu’on l’appel juste parce qu’il peut faire le taxi ou réparer un ordinateur planté.
Mais je m’égare, revenons à Ikea. J’ai souffert. Mettre le réveille un samedi matin n’est pas quelque chose que je sais gérer, un peu comme dégrafer un soutien gorge. Nous arrivons là-bas vers 10h30. Elle pétille déja. « Je connais le catalogue par coeur » dit elle. C’est peut être vrai, mais je me dis sur le moment que ça ne veut pas dire qu’elle sache ce qu’elle veut. Le temps me donnera raison. Je pensais que ce ne serait pas trop peuplé. Moins qu’un samedi après midi en tout cas. Je me trompais: c’est blindé. Mais attention, nous avons une clientèle bien particulière: les jeunes couples, souvent avec enfants, maximum cinq ans. La parade vaut le coup d’oeil. Ouvrant presque systématiquement la marche: les femmes. Même enceintes, elle se déplace avec aisance dans les allées du labyrinthe. Elles auront surement du mal à retrouver leur voiture sur le parking, par contre ce sont de vrais GPS dans le magasin. Cela est biensur contrebalancé par leur incapacité à se décider sur ce qu’elle vont acheter. Je ne compte pas le nombre de fois ou j’ai entendu au détour d’un rayon « Qu’est ce que t’en penses? » ou « Tu préfères quoi? ». Les pauvres hommes. Il savent qu’il n’y a pas de bonne réponse car même en répondant au hasard, leurs femmes préféreront systématiquement autre chose. Ils se trainent comme des âmes en peines essayant de suivre le rythme infernal de leurs femmes. L’un d’eux réagit et me regarde à un moment. Il n’est pas complètement zombifié. Je réalise en fait qu’il m’a vu en train de mater le cul de sa copine. Encore quelques heures à ce rythme et il s’en fichera définitivement. Je me marre en me disant que tous les potes que je ne vois plus pour cause de vie de couple sont passés par là. Ikea est un peu comme un cimetière des éléphants. Le rite de la castration sociale passe par là. Quand vous y venez, vous savez que vous êtes ficelés.
Friture, m’interpelle et me montre… des trucs. Elle est à fond. En 20 minutes, je repère un fauteuil et une petite table pour mon mac. Il lui faudra 4 heures. Je fais office de porteur. Je me demande si elle se moque pas de moi lorsqu’elle s’achète un poêle de 5 kg! Je me dis qu’elle applique la méthode Boris the Blade: « lourd c’est bien, s’il s’enraye tu peux t’en servir pour frapper ». Elle me montre encore d’autres trucs.
- Regarde!
- Quoi?
- C’est un porte savon!
- Ha…
Lorsque qu’elle me parle du lot avec en plus une bouteille à savon et une autre cochonnerie, je lui demande à quoi ça sert concrètement tous ces machins. J’entends rire derrière moi. Deux vielles sont hilares parce qu’elles m’ont entendu. Elles ont l’air de dire « les hommes sont tous les mêmes ». Elles nous ont clairement pris pour un couple. Le pire est que Friture en rajoute une couche en commentant sur ses tentatives multiples de me civiliser. Je la regarde d’un air ahuri. A Ikea, les femmes ont définitivement le pouvoir.
Elle repart. J’essaie de suivre. Les tapis, les luminaires. On quadrille les zones trois fois de suites. J’ai les jambes lourdes et dix kilos de bidules sur le dos. Je croise le regard d’un père de famille. Il a l’air compatissant avec son sac jaune à l’épaule et sa poussette. Je n’ai pas maté le cul de sa femme pourtant. En fait je n’ai même pas maté le cul de Friture depuis un moment. Normalement c’est tout le temps. Le blob m’a ingurgité sans même m’en rendre compte. Tout le monde pense que nous sommes en couple, surtout la vendeuse mignonne du rayon literie à qui Friture a demandé une housse. Elle est forte cette Friture, elle m’a ficelé et je n’ai pas eu le plaisir de me la taper. Je suis une crampe.
Lorsque nous repartons enfin, nous avons passé 4 heures là bas dedans et ma voiture est bien chargée. Je la dépose chez elle puis repart chez moi picoler. J’attend ma récompense le lendemain midi. Lorsque j’arrive chez elle dimanche, rien est prêt. Elle a tout de même fait les courses. Je me retrouve donc embauché dans la cuisine, chose que je ne fais d’habitude jamais. Je coupe les pommes pour le dessert. On discute, on ne dis rien, on rediscute, elle se moque de moi parce que je lambine, je réplique par des sarcasmes sur ses produits bio. Nous finissons par passer à table. C’est copieux et la digestion est lourde. Le café est plus que bienvenu. Enfoncé dans son canapé, je l’observe dans sa longue robe d’été rouge. Elle est assise à côté de moi, les jambes en tailleur. Elle est belle. C’est là que je me dis qu’il ne faut pas que je traine. C’est dur d’être juste pote des fois. Je pars finalement et rentre un peu dans le vague avec un sentiment d’inachevé. J’ai bien mangé, mais j’ai toujours autant la dalle. C’est ça être sympas.












