Il y a peu, j’étais de mariage. Juste le vin d’honneur. Un pote de plus sautait le pas. Mes meilleurs amis étaient présents, et je n’en avais pas vu certains depuis longtemps. J’ai donc passé un bon moment. Mais juste avant la cérémonie à l’église, j’ai croisé monsieur C.
Il était dans un coin à l’ombre. La soixantaine, le crâne dégarni et le ventre proéminent. Il était invité au vin d’honneur , tout comme moi, car il a été le prof de la mariée à la fac. Il a également enseigné à ma sœur, nombre de mes amis et même ma mère. Je le connais parce que ses étudiants l’invitent toujours à ce genre d’occasions, mariages, thèses, galas… Il est très populaire, sauf chez les premières années.
J’ai engagé la conversation. Il m’a répondu poliment et a discuté de bon cœur avec moi mais je sentais qu’il ne m’avait pas reconnu. J’ai aiguillé la conversation par des références lui permettant de m’identifier. Et nous avons continué un moment. Ses opinions tranchés mais réfléchies, teintées d’érudition n’ont tardé pas à sortir. Une conversation avec lui n’est jamais de tout repos, la passivité cérébrale est impossible. Il est dans un monde à part et jusque là il était sobre.
Après la cérémonie, je le recroise dehors et lui dis que nous allons enfin pouvoir passer dans le vif du sujet: l’apéro. Il me répond avec réticence:
- Oh je ne pense pas… C’est qu’on est surveillé maintenant.
En effet, le vin d’honneur est à 30 minutes de là, à l’extérieur de la ville. Les flics ne seront pas loin par ce bel après midi. Je lui propose donc de lui servir de taxi. Il refuse par politesse:
- Ne te dérange donc pas.
- Ca ne me dérange pas et puis je ne fais que perpétuer la tradition familiale.
Mes parents l’ont en effet plus d’une fois ramené chez alors qu’il était fin saoul.
- Ah ben on va faire comme ça alors!
En route, il faisait le tour operator. Il connaissait l’historique de tous les bâtiments et lieux que l’on a croisé et y allait en prime de ses petites anecdotes personnelles. D’un coup, il s’interrompait pour me rappeler la limitation de vitesse, puis continuait . Ca me faisait sourire. Il m’a exposé son point de vue sur son métier et ses étudiants. Il a mentionné ses fils, qui visiblement sont aussi doués que lui. Et surtout il m’a remercié, car grâce à moi, il allait pouvoir se mettre une copieuse charge.
Une fois sur place, nous sommes parti chacun de notre côté. Chacun son rythme, ayant la voiture, je ne pouvait pas trop abuser. J’ai tout de même passé un bon moment avec les potes dans un cadre magnifique. Puis est arrivé le moment de retrouver mon copilote pour le retour. Il discutait avec une jeune dame, une ancienne étudiante. Enfin quand je dis « discutait », c’était plutôt lui qui parlait son verre à la main et elle qui souriait en acquiescent de la tête sans vraiment comprendre ses enchainements d’idées et n’espérant finalement qu’une chose: sortir du traquenard. J’ai vu chez elle comme du soulagement lorsque je l’ai interrompu pour lui signaler le départ. Il avait une flûte fraichement remplie. Il n’a pas pris le temps de m’écouter lui dire que nous n’étions pas pressé et a descendu d’une traite le champagne avant d’enchainer par un « allons-y ». Il a tout de même trainé pour saluer la marié. Lui seul a du comprendre ce qu’il voulait lui dire: Il était fin beurré.
Sur le chemin du retour, il faisait le tour operator, mais avec les joues rouges et une diction moins sur. Il était content d’avoir pu rester car il a vu nombre de connaissances qu’il n’avait pas croiser depuis longtemps. Il m’a remercié encore plus en m’expliquant que s’il avait conduit, il ne serait pas resté pour voir tout le monde.
- Je me connais, j’aime trop boire!
Il m’a explique qui était qui. Il m’a raconté que le docteur avec qui il discutait avait été responsable d’un service à l’hôpital. Il connaissait sa fille. Il avait pris des cours d’anglais en même temps qu’elle.
- C’était une jolie fille, elle voulait devenir actrice. Elle a fini par tourner dans des films pornos. J’aime autant te dire que ça jasait à l’hôpital. Arf c’est des choses qui arrivent…Tu gardes ça pour toi hein!
Il s’est encore une fois interrompu pour me rappeler la limitation à 50 et m’expliquer qu’on lui avait déjà retiré son permis pour « des accidents et ce genre de choses » puis a continué encore un moment à m’expliquer pourquoi il était heureux que je l’ai amené. J’écoutais sourire aux lèvres jusqu’à l’arrivée. Il me remercie encore une dizaine de fois et au moment de descendre me demande:
- C’est comment ton nom déjà?
J’ai souris en lui répondant. Un dernier merci et il a refermé la porte. J’ai démarré pour rejoindre mes potes au restaurant afin de moi aussi boire en abondance. Je l’ai regardé s’éloigner dans le rétroviseur… A la votre monsieur C.












Tiens y’a du changement ici, c’est plus blanc
Et puis t’as même des putes de l’Est qui te proposent de t’escorter.