Fabrice est un mec cool. Il présente bien. Les femmes disent sans hésitations que c’est un beau gosse juste en face de leurs jules. Il a les cheveux poivre et sel de la quarantaine qui approche. Sourire ravageur et toujours un brin fashion sans en faire trop. Il met en confiance. “Je peux pas vouvoyer quelqu’un plus de cinq minutes” me disait il lorsque je l’ai rencontré pour la première fois. C’était supposé être un entretien d’embauche, mais ça n’en avait vraiment pas la saveur. Toujours est il que quelques jour plus tard, j’étais embauché.
Il est humain parce qu’il m’a donné ma chance. J’étais au chômage depuis un peu trop longtemps à mon goût. Il m’a sorti de la merde. Il faut bien reconnaître que je lui suis redevable. En plus tout le monde dans sa boite est super sympa. Il y a une bonne ambiance. Même sa meuf travail pour lui. Catapulté directrice financière. C ne veux pas dire grand chose dans une boite de moins de 20 personnes et qu’on sait rien faire de ses 10 doigts. Elle a une petite dizaine d’années de moins que lui. Elle a un cul! Mais bon, elle est sympa avec moi. Je me méfie toujours des personnes qui veulent mon bien, surtout quand je ne les connais pas. C’est peut être juste parce que j’ai son âge.
Le boulot se passe bien. Je leur refait une informatique clean et je gère tous les problèmes qui son de moins en moins nombreux. Il me dit au bout de 2 mois qu’il est vraiment content de mon boulot, que je suis sympas et que tout le monde m’apprécie. A cette époque, j’avais déja un mois de retard sur mon salaire qui n’a d’ailleurs jamais été aussi bas depuis que j’ai terminé mes études. Inquiétant parce que le deal à mon embauche était que les augmentations devaient arriver au bout de 6 mois. Je ne pensais pas que le retard s’allongerait encore…
Hunter S Thompson disait de Nixon qu’il pouvait vous serrer la main et vous poignarder dans le dos en même temps. Fabrice peux faire pareil et t’enfiler en plus. C’est avant tout un mec égocentrique, faux et incompétent déguisé en play-boy humaniste. Je ne lui dois rien du tout. Il se persuade de son statut de bienfaiteur, c’est plus facile pour se regarder dans la glace. Mais ce n’est qu’un enculé de la pire espèce.
Quand il voit que je suis sur le point d’exploser, il m’engueule parce que ça fou une sale ambiance. Quand je lui explique qu’au chômage je bouffais des clopinettes mais qu’au moins je payais le loyer il me dis que le business est difficile mais que ça va s’arranger. Il revenait tout juste de ses vacances au Maroc. Il s’en fou, je suis bien con et mon boulot est fait correctement. Il trouve quand même le moyen de dire, notamment à mon coloc’ et pote d’enfance, qu’il est déçu par mon attitude.
Je ne suis de toute façon pas seul. Il embauche du monde alors que ses employés sont payés au lance pierre et en retard. Biensur, il leur promets un peu tout ce qu’ils veulent sans jamais y faire quoi que ce soit dès que ça rogne dans sa part du gâteau. Lorsque les démissions tombent, ses mots son simples et directs: “C’est dommage, t’aurais été augmenté le mois prochain”.
Il est amusant de voir que lorsque quelqu’un est réellement incompétent, son attitude est invariable: tape sur l’épaule et sourire paternaliste. Forcément, une lettre recommandée assassine envoyée à une simple secrétaire énumérant une suite de fautes et reproches divers évite de foutre une sale ambiance. Ca évite de dire les choses en face. Pas téméraire pour deux sous le fumier. Etrangement, le contenu du courrier correspondrait parfaitement à ce que sa pouffe de copine fait à longueur de journée.
Il n’a jamais rien pu me dire. En fait, il est mal à l’aise parce que ses conneries, ça ne prend pas avec moi. Son karma est encore plus daubé qu’une décharge municipale. J’ai toujours eu la conviction que l’on récolte toujours ce que l’on sème. Je trouve que ça tarde un peu en ce qui le concerne. Maintenant, je n’ai pratiquement plus à le croiser. Je me sens mieux au boulot même si je cherche quand même autre chose. J’ai cette étrange sensation , un peu comme lorsqu’on vient de se mettre deux doigts au fond de la gorge pour se faire vomir un soir de méchante cuite: ça dessaoule pas, mais ça soulage.